Paris brûle-t-il ?


Notre Dame de Paris est en feu, les parisiens pleurent à chaudes larmes pour éteindre ce feu qui ravage leur histoire, leur point cardinal, un point de convergence. Tous les chemins mènent à Rome, toutes les routes françaises partent du parvis. Paris est le centre de la France et la cathédrale son centre de gravité. Car l’heure est grave. Le monde entier a une nouvelle fois les yeux embués et braqués sur nos malheurs. Cette fois, une étincelle involontaire a provoqué un feu de tristesse, un brasier impuissant. Religieux et athées de tous bords sont concentrés sur cette veillée funeste. C’est l’occasion de repartir sur de nouvelles fondations.

Le Parisien, il vaut mieux l’avoir en journal

Il n’y a plus guère que les attaques sur nos personnes et notre patrimoine qui resserrent les liens. Notre dernier rempart commun. Notre ancrage dans une époque sombre. Les parisiens sont devenus étrangers à eux-mêmes. Ils déambulent dans la Cité les yeux baissés sur leurs écrans, plus de quoi être fiers. Le Parisien, il vaut mieux l’avoir en journal. Il fait la une de la rubrique faits divers, catégorie incivilités. Tous les guides touristiques le clament : août est la meilleure période pour visiter Paris, quand les parisiens ont déserté la capitale. Un peu d’air.

L’air de rien, le Parisien ne respecte plus rien, ni ses trottoirs, ni la signalisation tricolore, quitte à choquer le badaud de passage. Amélie Poulain a pris un coup, Peggy la cochonne l’a mise à terre. Le French lover romantique flanqué de son béret et de sa baguette ne joue plus les jolis cœurs sur les bancs de la capitale. De toutes façons, les bancs de Doisneau ont disparu du décor idyllique. Il jette ses déchets par terre, urine à tous les coins de rue, traverse sans regarder, brandit l’insulte à la moindre contrariété. Toujours énervé, toujours pressé. Le temps de rien. Son excuse.

Les banderoles fleurissent aux balcons pour réclamer le silence

Paris, capitale française, est devenue un asile de fous, rien à voir avec les années folles. La croissance économique est en berne, la fuite des cerveaux est largement engagée, nous sommes à court d’idées. Et toujours pas de pétrole. Les temps sont durs, le coeur n’est plus à la fête. Les banderoles fleurissent même aux balcons des quartiers branchés pour réclamer le silence. La joie n’a plus le droit de cité. Pourtant chère à nos cœurs et nos portefeuilles, Paris est une fête. Une utopie. Un souvenir lointain.

Le pari d’Hemingway s’est suicidé, parti en fumée. Nous payons le prix de nos excès. Le Bon Marché ne l’est plus vraiment, c’est le bazar du côté de l’Hotel de Ville. Haussmann se retourne dans sa tombe. « Paris embellie, Paris agrandie, Paris assainie ». Mon œil ! La ville est défigurée par des travaux sans ouvriers et sans fin, le Grand Paris ne voit pas le jour et les rats font leur jogging dans les parcs entre les jambes des enfants qui respirent l’air empoisonné. Les klaxons claquent sur les avenues dignes d’une pièce de boulevard, le Bois de Vincennes abrite un zoo flambant neuf et désert, des créatures hybrides trainent dans le Bois de Boulogne, la Place de l’Etoile n’offre plus que la perspective de la révolte en gilet jaune.

Il ne reste plus qu’à patienter, on se rafraîchira bientôt les idées dans la Seine

Les familles ont abandonné leur quartier pour passer le mur périphérique, plus assez d’air, trop d’Airbnb. Les clés de la ville sont dans les mains des étudiants fauchés, des rentiers invalides et des touristes guidés. La bonne mère préfère ses nuits blanches à la santé et l’éducation de ses enfants. 75 % des crèches et des écoles inspectées dans la capitale sont situées sur des terrains pollués par des hydrocarbures, du plomb ou encore des solvants chlorés. Mais que fait la police ? Probablement coincée dans les embouteillages. Il ne reste plus qu’à patienter, on se rafraîchira bientôt les idées dans la Seine. Une bouteille à la maire. Ouf ! Nous sommes sauvés. Fluctuat nec mergitur. Le bateau tangue tandis que l’hildago reste accrochée à sa proue. A quand la reconquête ?

Les milliardaires vident leurs poches, le don de soi ne fait pas recette dans l’esprit tordu du public

Rendons le pouvoir au peuple parisien qui pédale dans le vide sur son Vélib. Paris est une ville fantôme qui repose sur son histoire et ne propose plus d’avenir à sa hauteur. Il est temps de consolider les fondations et de construire un nouveau toit. Il est venu le temps des cathédrales. Rendons à notre capitale sa splendeur d’antan, un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Celui de la Bohème. Une ville mixte où se côtoient les artistes, les mécènes, les décideurs de demain et les petites mains.

Les milliardaires vident généreusement leurs poches, le don de soi ne fait plus recette dans l’esprit tordu du public. Encore un prétexte pour l’évasion fiscale soi-disant. Paradoxe. Les caisses sont vides et l’ego déborde. Aucun pragmatisme.

Soyons francs, rendons grâce à Clovis et à Philippe Auguste. Le premier fit de Paris la capitale des francs, le second fut le roi rassembleur grâce à la conquête de nouveaux territoires. La monarchie a été décapitée, des têtes doivent tomber en démocratie. Nous, parisiens, sommes désormais les nouveaux bâtisseurs, investissons dans notre cité. Un Grand Pari(s) d’avenir. A suivre en 2020…



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