Nach Berlin



Ich bin ein Berliner. La phrase célèbre du président John F. Kennedy résonne dans ma tête et prend tout son sens au moment où je retourne sur les pas de mon enfance en ce long week-end de Pâques. En effet, Berlin, capitale de l’Allemagne réunifiée, ne m’est pas inconnue, puisque j’y ai passé quelques étés dans le cadre d’un échange scolaire au collège. C’était avant la chute du Mur. Il y a fort longtemps. A l’époque, j’avais déjà été séduite par sa douceur de vivre, ses espaces verts et ses (jeunes) autochtones.

Un pied dans chacun des pays des fondateurs de l’Europe, je ne comprenais pas alors le grand écart culturel qu’éprouvaient mes camarades de classe.

Baignant dans la culture germanique grâce à mon héritage maternel, la langue de Goethe berçait déjà mon enfance d’une oreille. Le français dans l’autre. Un pied dans chacun des pays des fondateurs de l’Europe, je ne comprenais pas alors le grand écart culturel qu’éprouvaient mes camarades de classe lors des voyages scolaires. La rigueur de la discipline, le pragmatisme réaliste et le goût pour l’écologie étaient inscrits dans mon ADN, comme l’étaient aussi l’attrait pour la désobéissance, l’idéalisme humaniste et l’esprit romantique. Une bipolarité innée, héritée et inconsciente. C’est en mûrissant dans l’âge et ma réflexion que j’ai compris la richesse de ma double culture.

Wilkommen am Check Point Charlie

J’ai quitté Berlin en août 1989, alors que le monde était encore séparé en deux blocs antagonistes et qu’une révolution se préparait pour l’automne.

Je suis revenue en avril 2019 pour découvrir une ville moderne, étendue, ouverte, dynamique et tellement séduisante.

30 ans ! Un pont entre deux générations. Il était temps de faire le point. Wilkommen am Check Point Charlie !

La première impression qui frappe à mon arrivée est une grande bouffée d’air frais, un sentiment de respirer dans cette ville verte et ouverte aux larges avenues tracées au cordeau où la circulation de l’air, des personnes et des véhicules est fluide. Les vélos cohabitent avec les voitures, les bus, les tramways et les piétons dans un ordre organisé et en toute sécurité. C’est d’autant plus frappant lorsqu’on vit dans une ville comme Paris où règne le désordre dans un dédale de rues étroites, souvent à sens unique. La cité berlinoise qui a fait le choix d’absorber les communes limitrophes lors de sa réunification paraît certes immense – huit fois la taille de la capitale française intra-muros – mais très accessible quelque soit le moyen de locomotion. Son relief plat et son climat doux en cette époque pascale sont particulièrement adaptés à la (re)découverte en vélo. A contrario de Paris, les trottinettes électriques n’ont pas envahi les trottoirs ni les pistes cyclables et les parcs bordés de lacs et de pelouses luxuriantes autorisées à la bronzette, qu’elle soit nudiste ou textile, lui confèrent un air de campagne urbaine. Dépaysement garanti. Berlin est une terre de contrastes et de nuances, voire même de paradoxes.

L’architecture est un patchwork, un canevas décousu

L’art, particulièrement le street art, s’affiche à tous les coins de rue, les espaces d’expression visuelle sont pléthoriques et se cachent parfois dans des recoins insoupçonnés, en plein air et ouvert à tous. Tout est recyclé et recyclable. Les usines désaffectées sont transformées en skate park, en galerie d’art contemporain, en café où le petit noir est remplacé par la grande blonde au goût de houblon. L’architecture est un patchwork, un canevas décousu où se superposent les vestiges d’une époque prussienne où l’impérialisme dansait la valse dans les palais, les immeubles austères et sans charme construits à la va-vite (mais bien) dans les années d’après-guerre, les édifices staliniens de la Karl-Marx Allée qui rappellent la grandeur feinte imposée de l’ère communiste et les tours de verre qui touchent les nuages et reflètent le nouveau millénaire. Une ville profondément marquée par l’histoire du XXème siècle mais irrémédiablement ancrée dans le XXIème.

Tout le monde se regarde et se parle, personne ne juge

Les Berlinois ont tourné la page sombre de leur histoire même si les vestiges conservés en ruines sont disséminés comme un fil rouge : le Mur, autrefois symbole de la défaite militaire et politique, constitue l’attraction principale de cette fête qui résonne désormais dans les rues, au bord des fleuves et dans la tête des autochtones. Les terrasses fleurissent à chaque coin de rue. Les rives de la Spree ondulent au son de la musique électro, peu importe l’heure. Les clubs dont les files d’attente s’allongent sur des centaines de mètres et qui ne ferment pas l’oeil depuis le vendredi soir jusqu’au petit matin du lundi suivant offrent un spectacle débridé, éclectique et sans tabous. Tout le monde se regarde et se parle, personne ne juge. Paris a été libérée, Berlin est libre. Les apparences importent peu et ne trompent pas. Un vent moderne et vivifiant souffle fort. Et ça décoiffe !

Le litre est l’étalon. L’eau coûte plus chère que le houblon

On retrouve les traditions dans l’assiette, on se réconforte avec une gastronomie certes roborative mais gouteuse. Les tavernes affichent les cours du litre de bière qui varient en fonction des heures de la journée. La Bratwurst (saucisse grillée) est déclinée sur tous les tons, toujours accompagnée d’une tubercule sautée, en vapeur ou en salade. Les berlinois cuisinent peu mais sortent beaucoup pour se retrouver entre amis ou en famille, toujours une chope à la main. Pas de sexisme ni de demie mesure. Le litre est l’étalon. L’eau coûte plus chère que le houblon. Les cocktails n’ont la cote qu’à l’heure de l’apéritif, les jours de fête. L’ambiance est décontractée, même dans les endroits huppés, le service souriant et efficace, le décor toujours soigné, même au petit coin. On cultive local, on mange local et international, et les grandes chaînes américaines de malbouffe ne font pas recette. Immer typisch (toujours typique) !

Bref, Berlin est une ville dépaysante, reposante pour un(e) parisien(ne) pressé(e) et énervé(e). Une ville ouverte qui respire et transpire le modernisme. Une ville festive qui ne juge pas et respecte toutes les règles et les traditions. Ich bin ein Berliner, sans aucun doute !


1989 : derrière le mur, le bloc de l’est. J’y étais.



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