De la santé économique française

Des indicateurs de la richesse au vert qui n’expliquent pas le malaise

D’où vient alors ce biais si les indicateurs de production et de répartition de la richesse sont au vert ? Le bons sens m’amène à discuter les perspectives d’avenir de notre pays. Intuitivement, l’absence de solution efficace pour éradiquer le chômage et la constante croissance de la dette publique me semblent peser sur le moral économique des français.

Je m’attaque au sujet épineux de la dette et du déficit publics qui revient comme une rengaine dans tous les débats économiques et politiques depuis l’entrée de la France dans L’Europe et la signature du fameux traité de Maastricht (entré en vigueur en 1993) qui dicte deux critères de convergence au sein des pays européens : le déficit des finances publiques ne doit pas dépasser 3 % du PIB et la dette publique doit être limitée à 60 % maximum du PIB.

L’Etat Providence vit-il au-dessus de ses moyens ?

Un déficit public dans les normes mais à surveiller

Le déficit public est défini par un excédent des dépenses sur les recettes budgétaires de l’Etat. Celui-ci dispose d’une enveloppe annuelle (ses recettes fiscales entre autres) qui a vocation à être injectée dans l’économie pour produire de la richesse tout en réduisant les inégalités par un système de compensation. C’est le concept de l’Etat Providence cher à nos valeurs tricolores et nos portefeuilles. Quand l’Etat dépense plus que ses recettes, essentiellement constituées des prélèvements obligatoires (45,4% du PIB), il est en déficit et doit donc emprunter de l’argent pour financer son train de vie.

Sur le critère du déficit public, la France est passée sous la barre du critère de 3% du PIB en atteignant 2,53% en 2018 quand la moyenne des pays de la zone euro s’établit à 0,96%. Notons les excellentes performances de gestion budgétaire de l’Allemagne, des Pays Bas et du Luxembourg qui dégagent même un excédent. Même si la France doit progresser dans sa gestion budgétaire pour atteindre la moyenne européenne, ses déficits sont maîtrisés selon les critères de convergence européenne.

La dette publique synonyme d’économie en faillite ?

La dette publique est constituée de l’accumulation de ces déficits et du coût de leur financement. Quand les dépenses de l’Etat excèdent ses recettes, il doit financer ce déficit en empruntant de l’argent sur les marchés financiers auprès des banques centrales, notamment la Banque Centrale Européenne (BCE). Cet emprunt est constitué d’un principal – le montant demandé à la banque par exemple – et d’intérêts – la rémunération de la banque.

Je me souviens de débats politiques sans fin sur le poids de la dette et la faillite potentielle de notre pays et notamment de la petite phrase de François Fillion prononcée à l’été 2007 : «  Je suis à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite. Ça ne peut pas durer. » Notre pays est-il réellement en faillite ?

Je coupe court à tout suspense et, à mon grand étonnement, la réponse est non. Ce qui pourrait poser problème est la part de la dette dans la richesse nationale qui ne devrait pas dépasser 60% selon les limites dictées par les instances européennes. En 2018, la dette publique française représente 98,2% du PIB, bien au-delà des limites fixées au niveau européen. Est-ce un signe négatif pour autant ? Encore une fois non, tant que la dette est financée par la création de richesse, autrement dit tant que la croissance de la dette est inférieure au taux de croissance de la richesse. C’est le cas actuellement. Cette bonne santé financière française s’explique principalement par des taux d’intérêt très bas et par la confiance des marchés dans l’économie française à rembourser sa dette. Ainsi, nous sommes de bons clients et nous bénéficions de taux qui nous permettent d’emprunter sans amputer notre niveau de vie. Cette situation devrait perdurer jusqu’au moins en 2021 d’après les experts de la Banque de France.

Je nuance mon propos en indiquant que certains économistes mettent en avant que les montants empruntés par les administrations publiques viennent en déduction des montants disponibles pour les emprunts privés, c’est-à-dire aux ménages et aux entreprises. Il est donc important de garder comme objectif la maîtrise voire la baisse de la dette publique pour favoriser l’emprunt privé, réputé plus productif de richesse sur le long terme.

Une dette privée inquiétante

C’est l’endettement des ménages et des entreprises français qui devrait focaliser l’attention et faire l’objet de mesures de redressement. La part de la dette privée française dans le PIB est désormais la plus élevée des grands pays d’Europe : à 257% du PIB en France en 2017 (dont 70,74% pour les ménages et 186,39% pour les sociétés non-financières), elle excède largement la moyenne de la zone euro (119,4%). Ce n’est pas la dette publique qui est en cause dans le mal français, c’est la dette privée et la Banque de France s’en est inquiétée à plusieurs reprises, car elle pourrait fragiliser à moyen terme la santé financière des ménages et entreprises français avec la (probable) remontée des taux d’intérêt.

Le déficit et la dette publics français sont maîtrisés, bien que des efforts sur la gestion budgétaire soient nécessaires pour atteindre la performance moyenne européenne.

La dette privée française fait quant à elle l’objet d’une inquiétude persistante, notamment dans le scénario de remontée des taux d’intérêt. A surveiller de près.


Dans un contexte mondial concurrentiel, la France prouve par l’analyse de ses indicateurs économiques qu’elle est en bonne santé comparativement à ses partenaires européens et notamment l’Allemagne souvent citée en référence. J’en déduis que la psychologie française est une source probable de notre mal-être. Les incertitudes face à l’avenir sont telles que nous voyons le verre à moitié vide plutôt qu’à moitié plein.

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