Le fonctionnement de la mémoire et les stratégies pour l’améliorer

« Mince ! Je l’ai sur le bout de la langue. » Voici une phrase qu’on a tous prononcée un jour. On sait qu’on connait la réponse à la question, on sait qu’on connait cette personne, mais la réponse ou le prénom ne remonte pas à la surface de notre cerveau. C’est à la fois frustrant et déstabilisant, car on devient alors conscient des limites de sa mémoire. Surtout avec l’âge…

Pas de panique ! Je me suis penchée sur ce sujet hautement stratégique. Ne dit-on pas que « celui qui détient l’information détient le pouvoir » ? Ne pas se rappeler de quelque chose est plus désarmant que de ne pas savoir. Alors pour devenir le roi du monde (n’est-ce pas notre ambition à tous ?), je te livre tous les secrets de la mémoire : comment le cerveau fonctionne et quelles stratégies adopter pour améliorer tes performances mnémoniques. Prêt pour devenir un super héros ? C’est parti !

La mémoire : un réseau complexe de stockage de l’information

« La mémoire est comme un muscle, il faut l’entraîner ». Tellement vrai ! Si tu ne devais retenir qu’un seul message clé de cet article passionnant, ce serait cette phrase. Mais je sais que, grâce à moi, tu vas bientôt devenir un crack en matière grise. Bien que le cerveau soit le logement principal de la mémoire (principal, car certaines études récentes font émerger que notre système digestif est doué de mémoire, mais je m’éloigne de notre sujet), il n’est pas un muscle biologiquement et physiquement parlant.

Faisant l’objet de nombreuses recherches ces dernières années, la science a fait beaucoup de progrès dans la cartographie du cerveau mais beaucoup de zones d’ombre subsistent encore, notamment dans le domaine de l’interconnexion du réseau neuronal, assurée par les synapses (zones nerveuses du cerveau) et les neurotransmetteurs (éléments chimiques qui permettent l’encodage et le transport de l’information).

La mémoire n’est pas un concept unique, répondant à des lois biologiques et physiques homogènes. Dans l’état actuel des connaissances scientifiques, cinq types de mémoire ont été identifiées et elles fonctionnent conjointement dans un réseau complexe. Il n’y a donc pas UNE mémoire mais plusieurs mémoires. Le secret d’une « bonne » mémoire est donc de solliciter au maximum, régulièrement et continuellement, ces interconnexions pour que le stockage de l’information et sa restitution s’effectuent sans effort, presque inconsciemment.

« Notre mémoire est un monde plus parfait que l’univers : elle rend la vie à ce qui n’existe plus !  »

Guy de Maupassant, Suicides

Une mémoire à court terme en grande forme pour une mémoire à long terme

Déjà on distingue la mémoire de court terme de la mémoire à long terme. Ce que j’ai mangé ce midi relève de la mémoire à court terme, alors que ce que j’ai appris sur la mémoire en lisant des dizaines d’articles s’est logé (finalement !) dans ma mémoire long terme. Enfin je l’espère…

Dans la mémoire à court terme, il existe un chiffre magique : le 7. C’est le nombre d’objets qu’un adulte sera capable de retenir en moyenne après les avoir visionnés une seule fois. Cette mémoire à court terme s’améliore avec le temps et les apprentissages, puisqu’un enfant de 5 ans est en capacité de n’en retenir que 3.

Avec de l’entraînement, seras-tu capable de battre le record du monde détenu par Dominic O’Brien, 8 fois champion du monde de mémorisation, qui a la capacité de se souvenir de 54 paquets de 52 cartes, soit un total de 2808 cartes, en ne les visionnant qu’une seule fois ?

La mémoire flash, dite de travail ou à court terme, est la mémoire du temps présent.

Elle est limitée en capacité et permet de manipuler et de de retenir des informations  pendant la réalisation d’une tâche ou d’une activité. Sollicitée en permanence, c’est elle qui nous permet de retenir un numéro de téléphone pendant quelques secondes (18 secondes en moyenne. Le poisson rouge est loin derrière !).

C’est une mémoire sensorielle, c’est-à-dire qu’elle utilise tes 5 sens (vue, ouïe, odorat, toucher et goût) dans des proportions selon ta nature profonde. Ces informations sensorielles sont stockées dans les aires du cerveau dédiées (aires visuelles pour les images, aires auditives pour les sons, etc) et sont consolidées dans l’hippocampe qui les centralise et permet la reconstitution (image mentale) de l’événement. Cette mémoire à court terme est pleinement opérationnelle vers l’âge de 7-8 ans quand le langage est acquis.

Comme cette mémoire est limitée en capacité, il est essentiel de stocker les informations dans un espace plus pérenne pour éviter d’avoir à apprendre à chaque minute des mouvements ou des raisonnements récurrents de la vie quotidienne.

La mémoire procédurale : le socle solide de tes apprentissages passés

Mémoire implicite (ou inconsciente), c’est elle qui permet le contrôle moteur et les gestes anodins de ton quotidien : marcher, manger, faire du vélo, tricoter, nouer tes lacets, conduire une voiture.

L’apprentissage est progressif et passe obligatoirement par la répétition. Toutes les procédures qui seront traitées par la mémoire de travail seront intégrées à la mémoire procédurale grâce à la répétition. Je répète ou tu as compris ?

L’état de la mémoire est sensible à la fatigue et à la vieillesse. Première mémoire développée par le nourrisson, la mémoire procédurale est aussi la plus solide et la dernière atteinte par la vieillesse et la maladie, comme Alzheimer ou Parkinson. Le vieillissement modifie la plasticité de tes synapses et la qualité de tes neurotransmetteurs. En découle alors un apprentissage plus long, car tu n’es plus en mesure de traiter efficacement un grand nombre d’informations.

La mémoire sémantique : le terreau des savoirs et des connaissances

Savoir que Minsk est la capitale de la Biélorussie (maintenant, tu le sais !) alors que tu n’y as jamais mis les pieds est une information stockée dans ta mémoire sémantique. Elle est implicite, puisqu’elle ne fait aucune référence au contexte d’apprentissage.

La mémoire sémantique est celle du langage et des connaissances sur le monde et sur soi, sans référence aux conditions d’acquisition de ces informations. Elle se construit et se réorganise tout au long de ta vie, avec l’apprentissage et la mémorisation de concepts génériques (sens des mots, savoir sur les objets), et de concepts individuels (savoir sur les lieux, les personnes…)

La mémoire épisodique : les souvenirs de ta vie trépidante

La mémoire épisodique ou autobiographique est une mémoire consciente (explicite) qui permet de te rappeler d’évènements passés par leurs détails et leur contexte et de prévoir ceux à venir.

Elle est étroitement imbriquée avec la mémoire sémantique. Progressivement, les détails précis de ces souvenirs se perdent tandis que les traits communs à différents événements vécus favorisent leur amalgame et deviennent progressivement des connaissances tirées de leur contexte.

La plupart des souvenirs épisodiques se transforment, à terme, en connaissances générales.

Dans la maladie d’Alzheimer, c’est la première mémoire touchée. Le patient est capable de se rappeler de son enfance mais pas d’événements récents.

La mémoire perceptive : reconnaître ton entourage

La mémoire perceptive s’appuie sur tes sens et fonctionne la plupart du temps à l’insu de l’individu. Elle permet de retenir des images ou des bruits sans t’en rendre compte. C’est elle qui te permet de rentrer chez toi par habitude, grâce à des repères visuels.

Cette mémoire permet de se souvenir des visages, des voix, des lieux.

Un fonctionnement en 3 étapes de la mémoire à long terme

La mémoire à long terme, composée des mémoires procédurale, épisodique, sémantique et perceptive, fait appel à un mécanisme en 3 étapes dans son fonctionnement

L’encodage

L’encodage est la capacité d’acquérir de nouvelles informations en provenance de nos sens : la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat et le goût. Ces informations sensorielles sont alors traitées pour être mises en mémoire, c’est l’encodage. Ce processus peut être intentionnel ou non. Plus l’attention portée à cette phase d’apprentissage est grande, meilleure sera la qualité de la mémoire.

Différentes stratégies existent pour faciliter l’encodage :

  • Utiliser la sémantique : il s’agit de placer le mot et son concept dans une catégorie ou une arborescence. Ainsi, pour mémoriser « girafe », tu vas placer le mot dans la case « Animal », puis « animal de la savane » par exemple. Tu peux aussi lister ses attributs qui sont autant d’indices qui te permettront de stocker efficacement l’information : « grand cou », « mange des feuilles à la cime des arbres », « a une robe tachetée »
  • Utiliser la phonologie : le son des mots à retenir intervient dans cette stratégie. Ainsi, tu peux te rappeler que Girafe commence par un G comme « grand ».

Le stockage ou la conversion

Une fois l’information et ses stimuli encodés, il faut de quelques secondes à plusieurs années pour les stocker. Cette phase intervient pendant le sommeil. L’information est répétée de manière inconsciente pour un stockage en profondeur de la mémoire court terme à la mémoire long terme.

Le rappel (ou récupération ou restitution)

Stocker l’information, c’est bien. Pouvoir s’en servir en la rappelant, c’est mieux. La récupération est consciente ou inconsciente. Plus les étapes d’encodage et de conversion auront été efficaces, plus la restitution sera facile, voire inconsciente. L’information stockée dans la mémoire de long terme est copiée dans la mémoire courte terme pour être manipulée. Lorsque la répétition lors de l’encodage est fréquente, l’information est ancrée profondément dans la mémoire et sa restitution est aisée.

De plus, quand l’information stockée est associée à des indices (en utilisant la stratégie sémantique ou phonologique par exemple), la récupération est facilitée.

Une expérience menée par des chercheurs britanniques en 1975 a confirmé le rôle des indices dans le processus de rappel. Ils ont demandé à des plongeurs de retenir 40 mots alors qu’ils étaient sur la plage, puis 40 autres mots quand ils étaient en plongée sous l’eau. L’expérience consistait à restituer les mots appris sur la plage et ceux appris sous l’eau dans les 2 contextes d’apprentissage. Les résultats obtenus sont 15 fois meilleurs quand les contextes de stockage et de récupération sont identiques. Ainsi, les mots appris sur la page sont mieux récupérés quand les plongeurs sont sur la plage et ceux appris sous l’eau sont mieux restitués quand ils sont dans l’eau.

Les stratégies pour améliorer le processus de mémorisation

L’encodage sera d’autant plus efficace quand les conditions suivantes sont remplies :

  • Être concentré(e)
  • Évacuer ce qui nuit à la concentration (fatigue, notifications, bruit ambiant, etc)
  • La mémorisation par association d’idées est utilisée

La répétition : ancrer le souvenir profondément

La répétition est clé dans tout processus d’apprentissage. Répéter les éléments à mémoriser permet d’assurer un stockage profond dans la mémoire à long terme. Essayer de te souvenir « à chaud » des éléments que tu viens d’apprendre est une autre technique performante.

C’est d’ailleurs une stratégie de mémorisation que promeuvent désormais les professeurs dans les écoles : le soir, après la classe, se souvenir des nouvelles informations apprises dans la journée sans l’aide du cours, puis relire les notes et les répéter plusieurs fois. La soirée est plus propice à l’apprentissage grâce au rôle du sommeil dans la consolidation des savoirs. Une remarque : questionner de manière informelle tes enfants à leur retour de l’école sur ce qu’ils ont appris dans la journée est une manière d’exercer la mémoire sans en avoir l’air.

L’évocation : créer une image mentale pour semer des indices

Avoir recours à l’évocation est aussi un facteur clé de succès. C’est se représenter dans sa tête ce qu’on est en train d’apprendre. On parle d’image mentale qui fait appel à nos 5 sens.

La technique consiste à s’inventer une histoire autour du souvenir. Chaque item en appelle un autre sur le thème de la narration. « Mais ou et donc or ni car » fait intervenir cette technique en associant une phrase simple en souvenir des conjonctions de coordination. « Mélanie, Veux Tu Manger Jeudi Sur Un Nuage » permet de se rappeler l’ordre des planètes dans le système solaire (Mercure, Vénus, Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune).

Le facteur émotionnel : le booster de la mémoire

Pourquoi se remémore-t-on certaines choses plus que d’autres ? Tout dépend du contexte et du facteur émotionnel. On se souviendra toujours mieux d’un événement associé à une motivation personnelle, lié à un moment d’attention ou une émotion forte. Ce processus s’explique par l’anatomie du cerveau : l’amygdale, le centre des émotions, est localisée tout près de l’hippocampe qui centralise le système complexe de la mémoire. Une nouvelle information accompagnée d’une émotion forte sera mieux mémorisée.

Tout le monde se souvient de ce qu’il faisait au moment des attentats du 11 septembre par exemple. Bien que les détails du contexte n’ont finalement aucune importance a posteriori, l’émotion ressentie a imprimé une trace indélébile dans le cerveau.

« Où l’intérêt cesse se perd aussi la mémoire. »

Johann Wolgang von Goethe

Le rôle de la réserve cognitive : un système compensatoire

La réserve cognitive est l’efficacité des réseaux neuronaux impliqués dans la réalisation d’une tâche et celle du cerveau à mobiliser ou mettre en place des réseaux compensatoires en cas de lésions pathologiques ou de perturbations physiologiques liées à l’âge.

Cette réserve est le soutien de la mémoire. Elle ne fait pas appel aux mêmes mécanismes mais permet de pallier les insuffisances de notre mémoire. A lésions équivalentes du cerveau, ceux qui présentent une réserve cérébrale plus importante montreraient des troubles moins sévères.

Car elle est caractérisée par un volume cérébral accru et un nombre élevé de neurones ou synapses, la démence survient plus tardivement chez les sujets avec une grande réserve cognitive. La constitution d’une réserve cognitive dépend de :

  • L’importance des apprentissages
  • Le niveau d’éducation
  • La stimulation intellectuelle tout à au long de la vie
  • La qualité des relations sociales
  • L’alimentation
  • Le sommeil
  • Les paramètres génétiques

Le rôle de la musique dans la mémorisation

Lorsqu’un individu fait une activité qui lui procure du plaisir, il sécrète une hormone : la dopamine. C’est le neurotransmetteur du plaisir. Celui-ci favorise l’absorption des nouvelles informations. La musique qui stimule le plaisir peut améliorer l’apprentissage. Il faut néanmoins favoriser la concentration pour obtenir les meilleurs résultats. Un rythme régulier et des tempi modérés sont recommandés pour une mémorisation efficace.

Renforcer sa stratégie de mémorisation naturelle en fonction de son profil pédagogique

Selon notre nature profonde et notre expérience, nous avons tous développé une stratégie naturelle pour la mémorisation qui permet l’apprentissage. 3 profils pédagogiques ont été décrits. Dans la population générale, 60% auront tendance à utiliser leur mémoire visuelle, 30% leur mémoire auditive et 10% leur mémoire kinesthésique.

Avoir une mémoire visuelle implique d’apprendre avec des supports visuels dans lesquels on aura tendance à soigner la présentation des notes, mettre en exergue les titres et les mots clés dans le texte, utiliser des schémas simples et une infographie claire.

Lire et répéter à voix haute des notes, mettre les concepts clés en chanson sont des techniques communes dans le cas d’une mémoire auditive.

Mais d’autres encore n’intègrent véritablement les informations que lorsque leur corps est impliqué dans le processus d’apprentissage. Ils ont besoin de toucher, de manipuler, de bouger pour que les informations prennent sens et s’inscrivent dans leur mémoire. Les pédagogies actives, basées sur l’expérimentation, l’observation et plus généralement l’exploitation de l’expérience vécue va davantage favoriser les profils kinesthésiques.

Nous sommes bien entendu tous pourvus de ces 3 techniques de mémorisation, mais nous avons naturellement et inconsciemment développé une dominante. La connaître est essentiel pour l’entraîner.

Fais le test sur le Site Psychologies.com pour connaître la dominante de ton profil d’apprentissage

Fatigue et vieillissement nuisent à la mémoire. Qu’en est-il de l’alcool ?

L’alcool jour un rôle déterminant dans la mémoire. Si tu as déjà expérimenté le binge drinking (ingurgiter une grande quantité en un temps très court) et le black-out qui s’ensuit, alors tu comprends intuitivement le rôle nocif de l’alcool.

Il faut néanmoins nuancer ce constat par une étude scientifique très sérieuse qui montre que des personnes buvant régulièrement de l’alcool mais avec modération ont une meilleure capacité d’apprentissage que ceux qui ne boivent pas du tout d’alcool.

Reste à connaître le niveau précis de modération pour bien apprendre…

La mémoire n’a désormais plus de secret pour toi !

Tu l’auras compris, la mécanique du cerveau pour mémoriser est complexe et fait appel à tous tes sens. La répétition est la clé du succès, tout autant qu’une bonne concentration et le contexte d’apprentissage. Si tu prends du plaisir à apprendre, tu mémorises beaucoup mieux. Avec ou sans alcool. Avec ou sans musique. Naturellement tu as développé des stratégies pour une mémoire performante. Renforce-les et entraîne-toi. Tous les jours.


Pour en savoir plus…

Une vidéo de 5’23 » proposée par l’ESSEC Business School
How I memorized an entire chapter of Moby Dick, des astuces pour faire travailler ta mémoire
Nobel laureate and founder of behavioral economics Daniel Kahneman reveals how our « experiencing selves » and our « remembering selves » perceive happiness differently. This new insight has profound implications for economics, public policy — and our own self-awareness.

Vous avez une  » mauvaise mémoire  » ? C’est ce que vous croyez. En vérité, vous ignorez simplement comment la solliciter.
Ce livre va vous montrer comment quitter le territoire fastidieux de la répétition pour celui, fabuleux, des arts de mémoire, où l’imagination règne en maître et où tout, absolument tout, est possible. Un parcours initiatique qui vous aidera à développer une aptitude plus que jamais précieuse : l’attention.

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