Rebondir avec la tête haute

A l’heure des réseaux sociaux où tout se sait et tout doit être montré, l’échec n’a pas bonne presse. On se montre sous son meilleur jour, on se congratule de ses réussites, on aime, on partage, on félicite les autres pour leurs performances avec l’espoir de futures retombées. Tout cela sans pour autant asseoir ses actions sur un socle sincère et objectif.

La crise que nous venons de traverser et qui nous a obligés à une introspection certaine, tant notre mode de vie habituel a été bouleversé, a fait émerger des consciences, des vocations et des vérités. Je ne suis pas une exception à la règle. Alors que je me remets en selle pour reprendre une activité professionnelle, je viens vous livrer ma vérité. 

Le changement, c’est maintenant !

Derrière ce slogan politique se cache une révélation que nombre de personnes ont intégrée avec le changement de paradigme. Du jour au lendemain, la Terre s’est arrêtée de tourner rond, l’autre est devenu une menace pour soi et l’avenir s’est révélé absolument incertain. Cette période propice au repli sur soi a pour certains été un coup de massue, pour d’autres un révélateur.

« Ma vie est-elle en accord avec mes aspirations, mes principes, mes valeurs ? » 

Il n’y a qu’à observer les publications sur les réseaux sociaux et les articles de presse en tout genre pour comprendre qu’une prise de conscience est en marche. On parle du monde d’après, d’un retour aux basiques, de la recherche d’un bonheur perdu, de remettre du sens dans sa vie.

Prise dans les mailles du filet 

Recrutée pour animer et produire du contenu sur un réseau social d’entreprise lancé en grandes pompes en septembre 2019, je retrouvais un second souffle après une traversée du désert qui avait duré presque 3 ans. La crise sanitaire est arrivée au moment où je venais de terminer cette mission et que j’avais de grands projets en tête. Mais l’Univers en a décidé autrement.

A cette occasion, je renouais avec le monde de l’entreprise qui m’avait pourtant brisée quelques années plus tôt dans un projet de refonte d’un système d’information qui avait mal tourné. Épuisée moralement et physiquement, je n’avais pas réussi à résister au climat délétère, aux coups bas et à la politique destructrice. Le rôle que je remplissais m’obligeait à m’éloigner de mes valeurs : l’intérêt général, la bienveillance et l’entraide. Mon corps m’avait lâchée en cours de route comme un signal annonciateur d’un déséquilibre dans les forces de ma nature. Un burn out. 

Wonder Woman

J’ai vécu cet épuisement que j’avais gardé pour moi comme un échec personnel. Avec le constat que je n’étais pas assez forte pour résister, mon image de Wonder Woman avait pris un coup, je serrais les dents. Je n’arrivais plus à concilier une vie familiale qui pesait lourd sur ma charge mentale, une fonction professionnelle qui mettait à mal mes croyances et mes principes et mon monde s’était écroulé. D’un coup. Sans prévenir. 

Pendant 6 mois, je me suis prostrée chez moi, confinée avant l’heure, car le monde me faisait peur et je n’osais plus l’affronter. J’ai coupé tout lien avec l’extérieur et me suis renfermée sur moi-même. Je n’arrivais plus à penser, j’avais perdu toute assurance et toute confiance en moi, j’étais devenue une loque. 

La seule activité que je parvenais à mener était le tricot. Des gestes répétitifs en suivant un modèle, sans surprise ni réflexion. Ma tête se reposait enfin et mes mains étaient devenues mes outils de travail. Une fois reposée, mon cerveau a recommencé à bouillonner, il a donc fallu le canaliser. Réaliser l’échec, comprendre mes erreurs, tirer des leçons et recommencer à faire des projets. Entreprendre la résilience.

Trouver ma voie sans perdre la foi

Rester inactive à ressasser ce moment difficile comme un échec personnel m’était devenu insupportable. Revenir dans l’action était apparu comme le remède. Je faisais le point de mes forces et de mes faiblesses, de mes aspirations et de mes détestations. J’arrivais à la conclusion que la transmission du savoir était ma motivation, ma joie de vivre au quotidien.

Dans la collaboration, la communication et la formation, je m’épanouissais et trouvais du plaisir. Sauf que le monde des adultes et leurs calculs politiques étaient devenus effrayants. Je devais donc me consacrer à l’enseignement des jeunes. C’était devenu ma solution même si je devais accepter une perspective de baisse de salaire conséquente, un système de décision sclérosé et recommencer de zéro. 

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Je reprenais des études pour devenir professeure des écoles. Inscrite à l’université à distance, je suivais les cours en classe inversée. Le sujet me passionnait, je travaillais d’arrache pied, confrontée à des jeunes recrues qui avaient la moitié de mon âge, mais aussi sans expérience. Je reprenais confiance dans mes capacités quand les notes tombaient, quand je menais les réunions de groupe à distance et que mon travail était largement valorisé et apprécié des enseignants et de mes pairs. La théorie m’avait passionnée, il était temps de passer à l’application sur le terrain. 

Retour dans la cour des grands

Première mise en situation dans une école, première remise en question. Même si l’expérience de prendre en charge une classe de CE2 a été très enrichissante, je n’étais pas encore prête moralement à faire face à un système en pleine décadence. À la question « es-tu sûre de vouloir travailler pour l’Education Nationale quand le système relève tant d’insuffisances et que tu n’as aucune influence mais tant de responsabilités ? » Ma réponse a été catégorique : NON ! Il était encore trop tôt pour livrer une bataille qui s’annonçait rude. Retour à la case départ. Nouvel échec. 

L’écriture comme bouée de sauvetage 

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Pour éviter de sombrer une nouvelle fois, j’ai commencé à écrire. Mes pensées, mes rêves, mon désespoir, mes interrogations. J’étais au milieu du guet, je venais de passer la barre de la quarantaine, en pleine crise existentielle. D’où viens-je, qui suis-je, où vais-je ? Plus de questions que de réponses, mais j’y ai trouvé une forme d’expression salvatrice qui me permettait d’avancer de l’intérieur. En silence. 

Je m’inscrivais alors dans une école d’écriture pour apprendre. Écrire un roman était devenu mon graal, une épopée qui ne dépendait que de moi. Je prenais un plaisir énorme à rencontrer des inconnus, à confronter ma plume à celles des autres, brillantes et lumineuses. L’écriture était devenue ma bouée de sauvetage, le canot qui m’emmenait sur mon île déserte et me permettait de m’évader. 

Seule dans cet exercice, le monde me manquait. Les interactions bouillonnantes du monde professionnel avaient laissé un trou béant dans ma vie sociale alors que je renouais véritablement avec l’extérieur. Je m’apercevais que l’identité d’une personne se forge aussi sur son occupation. A chaque nouvelle rencontre, la même première question : « que fais-tu dans la vie ? ». Rien, si ce n’est m’assurer du bien-être de ma famille et écrire des milliers de pages qui n’avaient pas même vocation à être publiées. Mon utilité et ma valeur sociales étaient réduites à néant. Mon existence dans le monde ne trouvait plus aucune fierté. Du moins dans ma perception. Je me sentais finalement vide de sens. 

S’exprimer pour s’ouvrir au monde

Puisque j’aimais tant écrire et que je n’avais pas peur de la page blanche, pourquoi ne pas mettre ces qualités à profit ? La communication était devenue un axe de réflexion sérieux. Je me rappelais de la collégienne qui indiquait « journaliste » dans la case « futur métier » aux questionnaires d’orientation. Intégrer une école de journalisme était envisageable même si le parcours relevait de celui d’un vieux combattant quand on a plus de 26 ans avec un cursus long comme le bras. Or, il me fallait avancer vite, ne plus perdre de temps, recommencer en bas de l’échelle, prouver que j’en avais les capacités.

Quel meilleur moyen que de me lancer dans l’écriture d’un blog pour présenter ma plume sur des sujets variés et ainsi convaincre un futur employeur de mes compétences rédactionnelles non académiques ? Je postulais à des offres d’emploi de journaliste débutant avec les articles de mon blog* comme vitrine et toujours la même réponse : « vous n’avez pas fait d’école de journalisme. Même si vous avez l’esprit de synthèse et du style, vous n’entrez pas dans les cases ». 

Nouvelle porte claquée au nez, alors je décidais de passer par la fenêtre. Proposer ma candidature à des stages : une tête bien faite, une expérience professionnelle significative, peu de risque pour l’employeur et une ouverture au domaine de la communication qui m’intéressait. Sauf qu’obtenir une convention de stage quand on n’est pas affilié à une école en cursus classique relève aussi du parcours du combattant. Après avoir investi la modique somme de 500€ dans des frais d’inscription à un organisme en ligne agréé par l’Etat, convention de stage en poche, j’intégrais de nouveau l’Entreprise en tant que Content Manager. J’étais heureuse.

À la découverte d’un nouveau métier

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Excitée mais aussi inquiète, je participe au lancement du réseau social d’entreprise qui me permet à la fois d’allier mon appétence pour l’écriture et mon expérience de chef de projets. Je deviens une stagiaire pas comme les autres et mon statut particulier me convient parfaitement. Je suis là pour 6 mois et on me donne carte blanche. Les idées fusent, j’apprends de nouveaux outils, fais connaissance avec l’organisation, et découvre un secteur passionnant qu’est le monde de l’énergie. Comme pour le vélo, je repars pour un tour avec enthousiasme.

Sauf que patatras ! la plateforme technique connaît des difficultés qui l’obligent à fermer du jour au lendemain (le jour de mon anniversaire, un signe ?). Me voilà au chômage technique sans date de reprise prévue. Je propose alors mes services de petite main pour ne pas rester inactive dans l’entreprise à attendre que le temps passe. Je travaille alors sur des sujets variés : la communication autour de l’intégration des nouveaux collaborateurs, la marque employeur puis une analyse diagnostique sur les lacunes de conversion du site internet commercial de l’entreprise. 

J’apprends en quelques semaines à manier les données de trafic, comprendre les parcours utilisateurs et en découlent mes recommandations qui font mouche. Le réseau social toujours en panne et en passe d’être abandonné alors que la mayonnaise prenait, on me propose de mener le projet de refonte du site internet en tant que stagiaire. Une exploitation de mon expérience d’une quinzaine d’années de gestion de projets certifiée au prix d’un stagiaire sans promesse d’embauche à la clé. Impossible. Je n’allais pas reproduire une nouvelle fois mes erreurs du passé et m’asseoir sur mes valeurs. Mon stage a donc pris fin prématurément puisque son objet n’existait plus. 

Retour à la case départ

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La case départ prend là tout son sens. Au cours d’une conférence organisée lors d’un afterwork, j’assiste à l’intervention d’un responsable de projets venu parler de conduite de changement. Mon sujet de prédilection pendant toute ma carrière de chef de projets. C’est le déclic. J’aime ce métier parce qu’il me passionne. Transverse, il me permet d’étancher ma soif de curiosité sur des sujets variés, d’apprendre, de travailler en équipe en promouvant la collaboration, de faire émerger mon esprit de synthèse en alliant mes qualités interpersonnelles. Mon expérience passée qui s’était soldée par un échec et m’avait détournée de mon métier me revenait en pleine face comme une évidence. Je suis chef de projets et j’aime conduire le changement. 

Je solde donc mon expérience de stagiaire avec la ferme intention de revenir aux sources qui m’avaient donné tant de joies et d’occasions de m’épanouir. C’est sans compter sur une saleté de virus qui allait une fois de plus me confiner dans un repli sur moi-même. Sans activité, je (re)deviens donc cette desperate housewife qui assure la continuité pédagogique et le bien-être familial dans la peur (mon conjoint est médecin) et dans l’espoir d’un retour à une vie meilleure. 

Ces derniers mois passés dans l’introspection m’ont confortée dans l’idée que conduire le changement était ma voie 

Mon métier est la gestion de projets et je suis prête à conduire ce changement avec vous. 

Accepter ses échecs, se remettre en question perpétuellement, avancer en s’alignant sur ses valeurs quand elles sont à contre-courant des pratiques actuelles d’auto-congratulation sont certes un risque, mais je suis fière de le prendre publiquement. La vie est faite de hauts et de bas, de rebondissements, de surprises et de rencontres. La linéarité est fade, le challenge passionnant parce qu’il fait grandir, se dépasser et apprendre à se connaître

Je conclus cette intervention très personnelle, une fois n’est pas coutume, par cette citation – qui me ressemble tant – d’Albert Einstein, homme de science indiscutable qui fut un cancre incompris dans sa période d’apprentissage : 

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Nul n’est parfait, le tout est de vouloir se rapprocher de la perfection et la perfection est d’être en accord avec ses valeurs.

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